5ème étape  - Dimanche 22 Août :
   Le Cheylard l'Evêque > La Bastide-Puylaurent (1024 m) - 19 km

 


"...Quant à moi, je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher. Je voyage pour le plaisir de
voyager. L'important est de bouger, d'éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter

le lit douillet de la civilisation, de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants.
Hélas ! tandis que nous avançons dans l'existence et sommes plus préoccupés de nos petits égoïsmes, même un
jour de congé est une chose qui requiert de la peine. Toutefois, un ballot à maintenir sur un bât contre un coup
de vent venu du nord glacial n'est point une activité de qualité, mais elle n'en contribue pas moins à occuper

et à former le caractère. Et lorsque le présent montre tant d'exigences, qui peut se soucier du futur ?...

... Luc lui-même se compose d'une double rangée éparse d'habitations resserrées entre une montagne et une rivière.
Il n'offre aux regards ni beauté ni le moindre trait notable, sinon l'antique château qui le surplombe avec ses 
cinquante quintaux de Madone tout battant neufs. Mais l'auberge était propre et spacieuse. La cuisine avec
ses beaux lits compartimentés tendus de rideaux en toile nette, l'immense cheminée de pierre, son manteau de
quatre mètres de longueur, tout garni de lanternes et de statuettes religieuses, son appareil de coffres et ses deux
horloges à tic-tac, formait le véritable modèle de ce que devrait être une cuisine - une cuisine de mélodrame
à souhait pour bandits et gentilshommes travestis. Et la scène n'était pas déshonorée par l'hôtelière,
une vieille femme, ombre silencieuse et digne, vêtue et coiffée de noir comme une nonne. Même le dortoir
commun avait son caractère original avec ses tables longues et ses bancs de bois blanc, où cinquante convives
auraient pu dîner, disposés comme pour une fête de la moisson, et ses trois lits compartimentés le long de la
muraille. Dans l'un deux, couché sur la paille et recouvert par une paire de nappes, j'ai fait pénitence 
une nuit entière, le corps en chair de poule et claquant des dents. Et j'ai soupiré, de temps à autre, lorsque
je m'éveillais, après mon sac en peau de mouton et l'orée de quelque grand bois sous le vent...

(Extrait de "Voyages avec un âne dans les Cévennes"  - Stevenson)
 

 


La chapelle dominant le bourg de Cheylard-l'Evêque

 

          
Sentiers forestiers...


 

 ...environnement sauvage


Sur le Plateau des Pradels situé à 1200 m d'altitude


Le lac de Louradou dans la forêt domaniale de La Gardille
 


Beau spécimen de vache de l'Aubrac


Le Château dominant le bourg du
Luc (971 m)
Le château est connu par ses seigneurs dès le 12ème siècle...construit sur un éperon rocheux,
sa position stratégique suveille à la fois la vallée de la rivière Allier, et le trafic sur les chemins
venant du Gévaudan, du Vivarais, du Languedoc et de la Provence par les Cévennes...

  
L'église du Luc


Un passage "marcheurs" pour enjamber les barbelés


La Gare de
La Bastide-Puylaurent où mon père travaillait comme cheminot en 1938-39


 

Hébergement au "Gîte de l'Etoile" (Gîte d'étape))
Bon accueil par le propriétaire Philippe Papadimitriou - Parc et locaux spacieux
Chambres et sanitaires corrects - Ambiance agréable
3 Coquilles



 


Extrait du Topo de Jacques Castonguay, mon ami québecois qui a fait ce Chemin en Mai 2007

Le Cheylard l'Evêque > La Bastide-Puylaurent

Je poursuis mon chemin pour m’engager dans une descente assez raide jusqu’au village de Luc (de lucus, bois sacré).
Son origine est très ancienne et son hôpital et son église datent du 12 et 13ème siècles. Je passe devant les ruines imposantes
d’un château construit avant le 12ème siècle. C’était une forteresse militaire, la plus importante de la région qui fut démantelée
sur l’ordre de Richelieu en 1630. Le village est joli, fleuri et presque endormi. Je m’arrête pour mon casse-croûte près d’une fontaine.
Je suis à manger mon sandwich sur le parvis de la vieille église lorsqu’à midi, sonne l’Angelus. L’air est chaud, le soleil est haut
dans le ciel, pas une voiture dans la rue, aucun bruit si ce n’est des bribes de voix qui s’échappent de fenêtres entrouvertes,
c’est un moment de grâce, du pur bonheur. Après un dernier regard sur le clocher de l’église avec ses deux solides cloches
surmontées de trois croix en pierre grise, je dois repartir car j’ai encore au programme plusieurs autres kilomètres.
Malgré la beauté des lieux, je me sens bien seul car aujourd’hui, il me serait agréable de pouvoir partager mes impressions
et découvertes avec une autre personne. Je tente donc de me convaincre sans trop de succès que si j’ai un bon sens de l’observation,
cette dernière pourra me constituer une compagnie suffisante.
 
Partout des fleurs car c’est le printemps. Beaucoup de genêts jaunes avec leur senteur tenace et un peu fade,
« l’odeur de l’au revoir » comme certains le disent ! J’admire aussi dans une prairie des lis Martagon, une plante protégée en France.
Sous un soleil de plomb, les hameaux se succèdent, Pranlac, Laveyrune, Rogleton et la traversée d’une grande forêt.
Les montées et les descentes, les détours et les lacets de la route et du sentier maintiennent mon intérêt et gardent mon attention
en éveil. J’arrive enfin à La Bastide-Puylaurent et sa gare ferroviaire. Le gîte étant fermé, je descends à l’Hôtel la Grand’Halte.
Ce village fut fondé au 19ème siècle suite à l’ouverture d’un chemin de fer alors qu’un siècle plus tôt, ce n’était qu’un hameau
de peu de maisons. Il est encore très calme mais cela me convient car je ne cherche que du repos.
Après un bon repas, je passe une soirée à lire avant de profiter d’une bonne nuit de sommeil.

 


 


Loin des oiseaux...

Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Que buvais-je, à genoux dans cette bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Dans un brouillard d'après-midi tiède et vert !

Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
-- Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert !--
Boire à ces gourdes jaunes, loin de ma case
Chérie? Quelque liqueur d'or qui fait suer.

Je faisais une louche enseigne d'auberge.
-- Un orage vint chasser le ciel. Au soir
L'eau des bois se perdait sur les sables vierges,
Le vent de Dieu jetait des glaçons aux mares ;

Pleurant, je voyais de l'or --et ne pus boire. --

Arthur RIMBAUD
Une Saison en enfer
(1873)


 

 

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