11ème étape  - Samedi  28 Août : 
 Malafosse > St Germain de Calberte  > Saint-Jean-du-Gard (189 m) - 22 km

 


...J'avais pressé Modestine, au delà même de ses forces, car j'étais extrêmement désireux de jouir de la vue sur
l'autre versant avant la tombée du jour. Pourtant il faisait nuit, lorsque j'atteignis la cime. La lune voguait haute
et claire dans l'espace et il n'y avait plus que quelques stries grisâtres de crépuscule attardées au couchant...

... Modestine et moi - ce fut notre dernier repas ensemble - nous cassâmes la croûte sur le faîte du Saint-Pierre,
moi assis sur un tas de cailloux, elle debout à mon côté au clair de lune et, comme une personne distinguée,
recevant le pain de mes mains. La pauvre bête mangeait mieux ainsi, car elle avait pour moi une
sorte d'affection que j'allais bientôt trahir...

...A l'examen, le matin du 4 octobre, Modestine fut déclarée hors d'état de poursuivre le voyage. 
Elle aurait besoin d'au moins deux jours de repos, d'après le garçon d'écurie. Or, j'étais maintenant pressé

d'arriver à Alais pour mon courrier. Comme je me trouvais à présent dans une région civilisée avec service
d'omnibus, je décidai de vendre mon amie et de partir par la diligence de l'après-midi. Notre trotte de la veille,
au témoignage du charreton qui nous avait suivi pendant toute la montée du Saint-Pierre, donnait une idée
avantageuse des capacités de ma bourrique. Des acquéreurs éventuels escomptèrent une occasion sans précédent.
Avant dix heures, j'avais une offre de vingt-cinq francs et avant midi, après un engagement téméraire,
je la vendis, le bât et tout l'attirail, pour trente-cinq francs. Le gain pécunier n'étais pas évident,
mais j'avais,
par ce marché, acquis ma liberté....

(Extrait de "Voyages avec un âne dans les Cévennes"  - Stevenson)
 



Le matin au départ du gîte de Malafosse



Un beau sentier s'ouvre devant moi pour cette dernière journée de marche...


Château à 
Saint-Etienne-Vallée-Française

   
Le clocher de Saint-Etienne et un compagnon de chemin que je retrouve


En montant au col de Saint-Pierre, on a une belle vue sur le Gardon


Et partout de beaux châtaigniers


Le dernier col de ce Chemin !





Depuis Saint-Etienne-Vallée-Française, j'ai marché en compagnie
de ce couple de médecins venu du Mans
(Jean-Christophe et Catherine)


Un peu avant d'arriver à
Saint-Jean-du-Gard on passe sous ce beau pont
qui enjambe le Gardon de Saint Jean




FIN DU CHEMIN





Extrait du Topo de Jacques Castonguay, mon ami québecois qui a fait ce Chemin en Mai 2007

St-Germain-de-Calberte  > St-Jean-du-Gard

Autocar de Saint-Jean-du-Gard à Alès et coucher à Alès

C’est ma dernière journée de marche et le soleil est encore au rendez-vous et chaud. Le paysage est toujours aussi grandiose
et les sentiers beaux et agréables. En moins de deux heures je suis à St-Etienne-Vallée-Française (« Val francesque » en occitan)
et ses magnifiques grands arbres. Trois autres heures s’écoulent et j’avance d’un bon pas malgré une montée raide.
Je suis peut-être stimulé par le fait que ce sont mes derniers kilomètres. Je passe enfin le col de Saint-Pierre pour descendre
longuement jusqu’à Saint-Jean-du-Gard, ma destination et la fin de ma marche sur les traces du randonneur écossais.
En attendant mon autocar pour Alès, je déambule dans les rues de Saint-Jean-du-Gard pour voir un magnifique pont sur le Gardon
et une très belle fontaine érigée à la mémoire de Stevenson. Je visite aussi un temple protestant
  très dépouillé et profitant d’une
pratique d’orgue, je m’y recueille quelques minutes.. Ce sont de beaux moments de paix et de bonheur pour clore ma marche
sur le Chemin de Stevenson. J’y apprends qu’un premier temple protestant fut érigé ici en 1562. Le 19 février 1685, un jugement
exige que l’exercice religieux soit interdit et le temple démoli, ce qui fut effectivement fait. Quelle intolérance ! Suit un silence de
83 ans jusqu’en février 1768 où la pratique religieuse peut reprendre avec des réunions ici et là. Entre temps, la pratique s’était
poursuivie en cachette, la nuit notamment grâce à des pasteurs de passage. Un nouveau temple est inauguré le 29 avril 1827.


Dans l’autocar qui me conduit à Alès, je feuillette une brochure touristique qui m’apprend des choses intéressantes sur les
châtaigneraies qui sont nombreuses en pays cévenol. On a nommé le châtaignier «Arbre à pain» car il a tout donné aux gens
du pays: la nourriture, le bois des charpentes et des meubles, des ruches, des piquets de vignes, etc.
Longtemps importante et créatrice de nombreux emplois, la production de la châtaigne a beaucoup diminué mais
est encore active. Lors de marches antérieures en automne dans la région, j’ai souvenir aussi de sentiers occupés
par des cueilleurs et jonchés de bogues de châtaignes. Un festin pour les sangliers.
 

Arrivé à
Alès,  je peine à me trouver un lit pour la nuit, les hôtels affichant complets un peu partout. J’en déniche enfin un plutôt
moche mais à prix modique et tout en face de la gare. Je ne me plais pas dans cette ville trop bruyante et trop agitée pour moi.
Peut-être que le choc de la ville est trop brusque après neuf jours passés dans le calme de la campagne et des montagnes.
Couché sur mon lit, je lis pendant que par ma fenêtre, je vois d’agiles et libres hirondelles lancées dans un étourdissant voltige aérien.
Je sors prendre l’air et manger une bouchée avant de revenir me coucher tôt.

 


 


Conclusion

La nature et les paysages que Stevenson a vus et que moi j’ai découverts, sont sensiblement les mêmes.
En effet, il y a eu peu de changements car depuis 130 ans, les montagnes, les vallées, les forêts, les rivières et les champs
sont toujours là. La nature est à toute fin pratique la même étant donné qu’elle a été très peu affectée et transformée par
le développement urbain, la création d’industries et la construction d’autoroutes. Les mêmes petits villages et hameaux
sont toujours là avec leurs vieilles pierres et leurs solides résidences même si elles sont moins animées.
En effet, de nos jours, les familles sont moins nombreuses, beaucoup de jeunes ont quitté pour la ville
et plusieurs maisons sont des résidences secondaires inhabitées pendant de nombreux mois.

 Stevenson a réussi à laisser une image unique et précieuse d’une belle région de France qui déjà en 1878 était à l’écart
des grands courants économiques et qui laissait probablement le reste du pays indifférent. Il avait une bonne plume
et les pages qu’il a écrites sur l’histoire et la vie des gens d’ici, ont plu à de nombreux lecteurs et ont incité beaucoup
de personnes comme moi à venir visiter et découvrir cette région. Stevenson était doué pour le dessein et il a crayonné
beaucoup durant sa marche de douze jours. Il a donc laissé des croquis de gens du pays, de rencontres paysannes,
de montagnes, de bâtiments etc. qui tous témoignent de la vie d’ici à cette époque.

Moi, j’ai apprécié et aimé ce que j’ai vu et vécu. Encore une fois, j’ai arpenté une région de France que je ne connaissais pas
et j’y ai trouvé une bonne qualité de vie. J’y ai rencontré des gens accueillants et découvert une nature belle et généreuse.
La région que j’ai visitée a un riche passé mais est peu peuplée et peu industrialisée. Elle peut offrir beaucoup à ceux
qui aiment les grands espaces, le calme, la marche et le vélo. J’ai marché de beaux sentiers et traversé de belles forêts,
probablement plus grandes et en meilleure santé qu’autrefois car elles font l’objet d’une meilleure gestion.
Enfin, comme ailleurs en France, on mange bien ici et on apprécie tout autant le bon vin.

Je termine en soulignant certaines autres raisons plus spirituelles ou philosophiques qui ont motivé cette dernière
marche comme d’autres entreprises auparavant. Comme l’a déjà écrit le grand écrivain argentin Jorge Luis Borges,
je marche
  « pour adoucir le cours du temps », pour occuper une vie parfois vide depuis la retraite.
Aussi comme l’a si bien dit déjà Paul-Emile Victor, le grand explorateur polaire des régions polaires, je marche pour goûter
à la satisfaction d’avoir encore une fois « volé du temps à la mort » et pour me montrer que je résiste de mon mieux
à la fuite du sable dans le sablier. Enfin je fais mienne la phrase du grand aventurier et randonneur qu’est Sylvain Tesson
qui dit marcher « pour se prouver qu’il est encore capable d’atteler lui-même la troïka du courage, de l’effort et
de la curiosité et pour éprouver la simple jouissance de se sentir en vie et en mouvement ».
Comme cela est bien dit et comme cela résume tout et dit tout….
A une prochaine marche….Ultreïa….

 Jacques Castonguay

Paris le 10 juin 2007


 

Avec mon ami Jacques Castonguay sur le Chemin d'Arles en Mai 2006
 


Marche,

Tu es né pour la route

Tu as rendez-vous.
Où ? Avec qui ?
Tu ne sais pas encore
Avec toi peut-être.
Marche,
Tes pas seront tes mots
Le chemin, ta chanson
La fatigue, ta prière
Et ton silence, enfin
Te parlera.
Marche,
Seul, avec d’autres
Mais sors de chez toi.
Tu te fabriquais des rivaux
Tu trouveras des compagnons.
Tu te voyais des ennemis
Tu te feras des frères.
Marche,
Ta tête ne sait pas
Où tes pieds
Conduisent ton cœur.
Marche,
Tu es né pour la route
Celle du pèlerinage.
Un autre marche vers toi
Et te cherche.
Pour que tu puisses le trouver
Au sanctuaire du bout du chemin
Au sanctuaire du fond de ton cœur.
Il est ta paix
Il est ta joie
Marche,

 

 

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