10ème étape  - Vendredi  27 Août : Florac > Malafosse
(A 2 km hors-chemin avant le Col de la Pierre Plantée (891 m) - 26 km

 


...J'étais maintenant sur la ligne de deux grands partages des eaux; derrière moi, tous les courants d'eau se
dirigeaient sur la Garonne et l'Océan Atlantique, et devant moi se trouvait le bassin du Rhône.

Et c'était peut-être le spectacle le plus sauvage de tout mon voyage : pic après pic, chaîne derrière chaîne de
collines s'élancaient vers le sud, creusés et ravinés par les torrents d'hiver, de bas en haut parés de châtaigniers,

et çà et là, s'ouvrant en une couronne de hautes parois. Le soleil, bientôt couché, envoyait un fuseau de
lumière brumeuse sur ce décor tandis que les vallées étaient déjà plongées dans la nuit. Cet horizon me
réjouissait. Non loin sur ma droite se trouvait le célèbre Plan de Font Mort...

...Ici encore il fut malaisé de découvrir un emplacement où camper. Même sous les chênes et les châtaigniers,
le sol n'était pas seulement déclive, mais encombré de cailloux épars. Là où il n'y avait point de couvert, les
montagnes dévalaient jusqu'au cours d'eau dans un précipice rougeâtre tapissé de bruyères. Le soleil avait
quitté les pics les plus hauts devant moi et la vallée s'emplissaient du mugissement des cornes des bergers qui
ramenaient les troupeaux à l'étable pendant que j'examinais une crique de prairies à quelque distance sous la
route, dans un repli de la rivière. J'y descendis et attachant provisoirement Modestine à un arbre, je me mis à

inspecter le voisinage. Une ombre crépusculaire d'un gris cendré emplissait le ravin. A peu de distance les
objets devenaient indistincts et s'enchevêtraient trompeusement les uns aux autres. Et l'obscurité montait
rapidement comme une buée. Je m'approchais d'un chêne immense qui croissait dans la prairie à l'extrême
bord de la rivière, lorsque, à mon déplaisir, des voix d'enfants me parvinrent aux oreilles et j'aperçus une
habitation, au tournant, sur la rive opposée. Je fus presque tenté de recharger et de repartir;
toutefois
l'obscurité croissante m'engagea à rester. Je n'avais qu'à me tenir coi jusqu'à la venue de la nuit
et à me fier à
l'aurore pour m'appeler de bonne heure, le matin.
Pourtant il était pénible d'être gêné par des voisins
dans une si vaste hôtellerie...

(Extrait de "Voyages avec un âne dans les Cévennes"  - Stevenson)
 



A la sortie de Florac, il y a cette imposante masse rocheuse

qui apparaît comme les vestiges d'un château féodal


On franchit le Tarnon avant de s'engager sur l'ancien chemin Florac-Alès qui comporte
jusqu'à Saint-Julien-d'Arpaon beaucoup de petits dénivelés


Une bâtisse cévenole qui ne passe pas inaperçue...


Encore une beau sentier en forêt qui fait le bonheur du marcheur

   
L'eau de source est toujours la bienvenue pour remplir ses bouteilles...


C'est un moment privilégié pour déclamer quelques poèmes !


Les châtaignes envore vertes, promesse d'une belle récolte


Un abri qui serait le bienvenu en cas d'orage


A
Saint-Julien d'Arpaon, les ruines du château datant du 12ème siècle,
et abandonné depuis la révolution


J'ai croisé ce couple qui marchait vers Florac

   
Après Saint-Julien, jusqu'à
Cassagnas, le chemin suit une ancienne voie de chemin de fer
qui emprunte les gorges de la Mimente belle rivière encaissée qui offre de bons endroits
pour la baignade et là je n'ai pas pu résister...


Il y a quelques passages sous des tunnels




Après la jonction du GR70 avec les GR7 et 67, on emprunte l'ancienne route royale
qui allait de Barre-des -Cévennes à
Saint-Germain-de-Calberte et l'on passe
tout près de ce beau menhir


Paysages sauvages et rochers qui invitent à la contemplation...


Un abri de berger


Le Gîte de Malafosse situé sur la commune de Saint-Martin-de-Lansuscle
que l'on trouve en bifurquant vers le sud un peu avant le col de la Pierre Plantée

 

Hébergement au Gîte d'étape à Malafosse  (Relais Stevenson)
Accueil champêtre - Dîner avec les légumes du jardin
3 Coquilles



 


Extrait du Topo de Jacques Castonguay, mon ami québecois qui a fait ce Chemin en Mai 2007

Florac > Saint-Germain-de-Calberte

 
Ce sont les rayons du soleil levant qui par la lucarne du toit, me tirent du sommeil. Une autre belle et chaude journée de soleil
au programme pour un autre itinéraire de 30 kilomètres. Je prends mon petit déjeuner en compagnie agréable de cinq autres
randonneurs, deux hommes et trois femmes pleines de vie et de bonne humeur ainsi que d’un magnifique chat gris qui
de toute évidence, est le maître des lieux. Au menu un bon choix de confitures maison, dont une délicieuse et unique, car elle
est faite de pétales de rose. Quel goût raffiné, quel parfum et quelle façon civilisée de commencer une journée !
Vive la France pour sa bonne bouffe ! Il faut néanmoins reprendre la route. Le temps est beau, je suis bien reposé et c’est d’un pas
alerte que j’avale les premiers kilomètres. En moins de deux heures, je suis à Saint-Julien-d’Arpaon puis sept km plus loin,
à Cassagnas et enfin, à la belle et prospère forêt domaniale de Fontmort.
Ce nom viendrait de la légende d’une « vieille fille » qui pour avoir eu un enfant illégitime aurait été condamnée à errer dans
le pays par une méchante fée et à enterrer un jour son enfant au Plan de Fontmort, « Efont mort », enfant mort..).

 Dans un boisé, au plan de Fontmort, je fais une pause au pied d’une belle stèle élevée en 1887
à la mémoire des Camisards et sur laquelle est gravé:

« A l’occasion du centenaire de l’édit de tolérance,
les fils des Huguenots ont sur le théâtre des anciens combats,
élevé ce monument à la paix religieuse et à la mémoire des martyrs ».


Dans ces lieux aujourd’hui paisibles, je m’imagine les conditions de vie difficiles qu’ont dû connaître ici les Camisards harcelés
par les soldats. Leurs maisons détruites (466 hameaux) lors du « Brûlement des Cévennes », ils ont dû se réfugier dans ces
montagnes. Ceux qui osaient s’approcher de leurs anciennes possessions étaient arrêtés et exécutés et tout cela ne contribuait
sans doute qu’à accroître les souffrances et les haines. Un autre triste fait attire mon attention. Près d’une maison, je remarque
une modeste épitaphe sur laquelle est gravé le nom d’une personne. J’interroge à ce sujet un homme qui travaille dans son jardin
et j’apprends que dans le temps, les Protestants sans église avaient aussi été privés du droit d’enterrer leurs morts dans leurs
cimetières, ce qui explique des mises en terre près des domiciles.

 Je continue mon avancée sur de beaux sentiers et sous un soleil de plus en plus chaud.
Treize autres kilomètres avant d’arriver à St-Germain-de-Calberte, distrait par mes réflexions sur les Camisards, à un carrefour,
je confonds les balises croisées de deux GR et prends la mauvaise direction. Me rendant compte de mon erreur, je réalise que loin
d’être rendu à ma destination du jour, j’en suis encore à 20 kilomètres, c'est à dire à 5 heures de marche !
Trop fatigué pour un tel trajet sur un soleil très chaud (30°C), je fais de l’autostop. Coup de chance, la première voiture qui se pointe
s’arrête. Son conducteur est un Belge et son épouse en visite dans la région. Roulant en direction de St-Germain-de-Calberte,
ils acceptent aimablement de m’y déposer. Ces Belges sont comme moi des amoureux de la Chine et lui, fut un alpiniste chevronné
dans ses plus jeunes années. Ces deux sujets passionnants de discussion animent nos échanges et c’est un trajet fort agréable
et intéressant que je fais avec eux. Voilà une autre belle rencontre imprévue et qui termine fort bien une petite mésaventure.
A St-Germain-de-Calberte, je descends au gîte « Le Recantou » tenu par des Espagnols. Ce refuge est simple mais sympathique
et j’y retrouve avec plaisir mes deux Savoyards, le père et le fils. Je rencontre deux autres marcheurs, deux Français à la retraite
avec qui je partage le dîner sur une terrasse à l’extérieur. C’est l’anniversaire du propriétaire et nous avons droit
à un réconfortant armagnac qui nous fait poursuivre nos discussions tard en soirée.

 Au bout du village, non loin du traditionnel monuments aux morts des deux grandes guerres,
se dresse une insolite statue « Hommage aux hommes des Cévennes » sous la forme d’un homme nu et noir travaillant à la
construction d’une cabane en pierres sèches. Plus tôt en après-midi, en marchant dans les rues fleuries du village, j’ai remarqué
une belle croix en pierre. Durant ma marche sur le Chemin de Stevenson, un peu partout j’ai vu des croix du chemin de toutes
sortes, en bois, en pierre et en fer forgé et de tailles différentes, des petites, des moyennes et des grandes.
Leur signification varie aussi. Tantôt, elles sont là pour protéger le voyageur, parfois elles signalent un carrefour, et à d’autres
endroits, elles indiquent la présence d’un cimetière. Certaines sont simples et modestes alors que d’autres sont imposantes,
solidement plantées sur un socle monumental. Certaines sont décorées de fleurs, ce qui témoigne qu’elles sont encore respectées
par la population. D’autres sont toutes seules mais fières et fidèles au poste. Je n’en ai d’ailleurs vu aucune cassée
ou en mauvaise condition. Elles font partie du paysage et de la culture des gens des régions.

Mon père et ma mère avaient une telle croix en bois à la limite de leur terrain et c’est avec beaucoup d’amour et de fierté
qu’ils en prenaient soin. Lorsque les voitures à chevaux étaient encore utilisées, j’ai aussi souvenir d’être passé plusieurs fois
avec mon père et mon grand-père devant un croix blanche et noire au Village des Aulnaies. Je vois encore mon père
et mon grand-père soulever leur casquette par respect et dévotion. La foi était forte et vivante à cette époque, tant dans
les campagnes canadiennes que françaises et elle se prêchait souvent sans sermon, par l’exemple !

 


 


IMAGINONS

Le temps que met l’eau à couler de ta main

Le temps que met le coq à crier le soleil

Le temps que l’araignée dévore un peu la mouche

Le temps que la rafale arrache quelques tentes

Le temps de ramener près de moi tes genoux

Le temps pour nos regards de se dire d’amour

Imaginons ce qu’on fera

de tout ce temps

Eugène GUILLEVIC
 

 

 

Etape suivante

Retour